Association Laure Charpentier
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"LETTRE OUVERTE A HERVE CHABALIER"
Par 
Laure Charpentier




  

    

   Cher monsieur,

   Le combat que vous menez, tel don Quichotte contre les moulins à vent, se situe dans la suite logique de votre nouvelle abstinence. Hélas, ce combat n’est pas nouveau, et, comme l’a d’ailleurs souligné un sociologue sur le plateau de  l’émission « Mots croisés », ce combat a, aujourd’hui, beaucoup moins de raisons d’être.

Voici 25 ans, je me suis retrouvée, moi aussi, sur les plateaux de TV, à brandir mon cure dents en guise de sabre, entourée comme vous de médecins, de viticulteurs et de brasseurs. Depuis, plusieurs rapports ont été rédigés par des « sages », dont les professeurs Jean BERNARD et Claude GOT. Chacun sait qu’en France, dès qu’il y a émergence d’un problème, on s‘empresse de nommer un « monsieur X », chargé de résoudre ledit problème. « Monsieur drogue, monsieur prostitution, monsieur alcool, monsieur banlieues »…etc… La méthode a fait ses preuves, elle date de Louis XV...

   Aujourd’hui, nul ne peut ignorer les méfaits de l’alcool, y compris les femmes enceintes et les jeunes . Pour ce qui est des alcooliques, c’est autre chose…Vous dîtes que vous buviez quatre litres de vin par jour à l’époque ou vous pratiquiez la sainte défonce? Très bien. Mais ignoriez vous vraiment que vous vous détruisiez, vous, le journaliste que vous êtes ? Non, bien sûr. Et cela ne vous a pas empêché de retourner chaque jour et plusieurs fois par jour vers la dive bouteille. Ce n’est pas une étiquette avec une tête de mort et deux tibias qui vous aurait empêché de boire… bien au contraire ! Car l’alcoolique est, quelque part, un suicidaire. Pas les jeunes, qui veulent juste, du fait de leur jeunesse, « en profiter »… et s’évader du quotidien. Idem pour le cannabis, qui tue les jeunes presque autant que l’alcool. En France, 850.000 jeunes consommateurs réguliers de cannabis, ça commence à peser lourd ! Sans oublier ceux qui mélangent alcool, cannabis et médicaments !

   C’est pourquoi l’alcoolisme doit être considéré comme une addiction, une dépendance parmi d’autres, certainement pas « une maladie progressive », comme vous l’appelez. La rencontre d’un individu et d’un produit, un produit qui va réduire certains êtres en esclavage, et restera pour d’autres un excès occasionnel.

Ne jamais confondre alcoolisme et alcoolisation ! Ce n’est pas parce qu’on s’est brûlé avec des allumettes qu’il faut en interdire la vente …

La France boit moins, les statistiques le prouvent. Mais les alcooliques trouveront toujours d’excellentes raisons pour fuir un monde qu’ils n’aiment pas... et qui le leur rend bien.

Et si le grand remède, c’était l’amour?

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