Association Laure Charpentier
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"LETTRE OUVERTE"
Par  Cathou




  

    

« Un suicide au mois de juin 2003, sous l’emprise de l’alcool et des tranquillisants… Raté, bien sûr, comme les six autres! Un réveil merdique à l’hôpital Ambroise Paré, un psy qui me conseille de consulter, et basta ! J’ai déjà donné, tous plus nuls les uns que les autres, tout juste bons à regarder leurs montres et leurs tiroirs-caisses!

Qui donc répondra à mes questions? Ici-bas, personne. C’est peut-être pour cela que je voulais le voir, Lui, le Grand, mais mes six rendez-vous ont été ratés…

Retour d’Ambroise Paré. Honteuse, évitant les regards, eh oui, les pompiers et le Samu, ça fait mauvais genre!

Et puis de nouveau le cercle infernal du Temesta et de l’alcool… Dès le matin, pour me donner le courage d’affronter l’existence, les faux prétextes pour sortir boire une ou deux bières au bistrot du coin, avec, au retour, le bien médiocre subterfuge du bonbon à la menthe… Le bar de la maison, avec sa porte qui claque, cette poussée d’adrénaline, comme au casino, à l’idée de me faire surprendre le goulot à la bouche…

Tout y passait: whisky, gin, vodka, Martini, et la cerise sur le gâteau: poire william et liqueur de framboise, c’est plus décapant! Bref, la descente aux enfers sans fil d’Ariane pour y chercher un introuvable Circé… Chaque matin, la gueule de bois et les yeux bouffis, même les miroirs ne voulaient plus me regarder…

Un soir, la «  décision ultime » de me faire enfermer. Avec mon accord. Moment de lucidité qui ressemble au coup de pied que l’on donne au fond de la piscine pour remonter et respirer…

Onze jours dans le « Pavillon des fous » ! schizos, alcoolos, drogués, dépressifs et tarés, mais avec cette porte qui se referme sur vous, un peu comme celle des coffres-forts d’une banque… N’ayez pas peur, bonnes gens, on ne se sauve pas de Sainte Anne, on y reste, sans soutien psychologique, on y mange, on y dort, et on regarde, derrière des fenêtres fermées, le monde extérieur… On se dit alors que finalement, on n’est pas si mal…

On vous libère vite, on a besoin de votre lit, avec une ordonnance en poche et une claque sur l’épaule si vous avez été sages. A vous de vous débrouiller, même si à la sortie, tous les bistrots vous tendent les bras!

Seule chose positive dans cette expérience, le cadeau d’une adresse: celle de « S.O.S. Alcool Femmes »… Ma planche de salut ? Peut-être une renaissance…

Aujourd’hui, je fête mes deux mois et demi d’abstinence totale et la joie de vivre retrouvée. Envolées, mes angoisses du matin, et le Temesta, aux oubliettes! J’ai fait pleurer ma mère, j’ai fait beaucoup de peine aux êtres que j’aime, j’ai négligé mon chien, un adorable Westie, à qui je faisais peur… Je leur demande à tous pardon, car je les aime de tout mon cœur.

J’ai été ce Hyde qui détruisait Jekyll. Les bouteilles sont revenues à la maison, elles ne me font plus peur, je ne les regarde ni avec intérêt ni avec dégoût. Elles sont là pour les autres, plus pour moi… Je vis mon abstinence avec sérénité, un peu comme si j’étais entrée en religion.

Ceci est mon témoignage de fin d’année 2003, après 33 ans d’alcool. Sauvée par la Grâce de Dieu et de mon Père qui doit veiller sur moi de là-haut… Merci à Laure, merci à vous toutes, les filles, et bonne année 2004!

Je vous souhaite la même sérénité que la mienne, et je vous embrasse…

CATHOU.

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