Association Laure Charpentier
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"LA LIBERTE INTERIEURE"
Par 
Laure Charpentier



    

   Je suis dépendante. Tu es dépendant. Nous sommes tous dépendants…

   Dieu nous a créés dépendants. A l’instant même où la cellule fécondée devient un foetus, l’être humain entre en dépendance. Lorsqu’il pousse son premier cri, encore relié à sa mère par le fameux cordon ombilical, le nouveau-né accuse déjà neuf mois de dépendance…

   Le bébé devient alors dépendant de sa mère, de ses parents, de son environnement, de ses horaires… Dépendant du biberon ou du sein qui le nourrit, de la couche culotte qu’on doit lui changer, du lit où il dort, du déséquilibre- ou de l’harmonie- de la famille qui l’accueille… Dépendant du lieu géographique où il est né, dépendant de l’orientation qu’on lui donnera, de l’éducation qui lui sera prodiguée, de l’école, puis du diplôme qui lui assurera la situation dont il rêve, dépendant des professeurs et des maîtres. Dépendant des adultes ...

   Lorsqu’il sera enfin devenu un adulte à part entière, il deviendra dépendant de son confort, de la presse, des médias, de la politique, de la religion et de la publicité… Dépendant de sa femme, de son patron, de son salaire, de ses collègues, de ses voisons, de ses copains… sans oublier la terrible dépendance à l’opinion d’autrui!

   N’y a-t-il pas ici-bas ceux qui savent….et ceux qui apprennent? Ceux qui commandent et ceux qui se soumettent? Les faibles et les forts, les victimes et les assassins, les néophytes et les initiés… A chacun son destin! Et le destin lui-même n’est-il pas une dépendance?

   Si la dépendance enchaîne, surtout lorsqu’elle est inconsciente, la liberté intérieure reste une valeur essentielle. « Qu’importe l’état de subalterne si l’on se sent intérieurement supérieur »? Certains prisonniers n’ont pu survivre à la détention et à la déportation que par l’exaltation de cette liberté intérieure qui leur permettait de tenir et surtout d’espérer… Certains êtres dits « libres » ne sont souvent que des dépendants qui s’ignorent. Des prisonniers qui, après avoir vaguement repeint les barreaux de leur cage, se considèrent comme libérés...

   Oui, nous sommes tous dépendants. Le confort, les habitudes, l’éducation, la passion toujours, l’amour souvent, l’amitié parfois, la tendresse, autant d’entraves à notre chère liberté! Il est temps de faire un arrêt sur image, d’ouvrir notre agenda, de démarrer notre voiture, de chercher dans notre poche la clef de notre maison, d’évaluer notre énervements devant un téléphone qui ne sonne pas, une lettre qui n’arrive pas, un aliment qui a déserté le réfrigérateur au moment précis où nous en avions envie, un paquet de cigarettes vidé trop vite, un verre d’alcool qu’on avale comme un viatique, un tube de tranquillisants égaré alors qu’on en avait tellement besoin… parce qu’on a honte , parce qu’on va mal si l’on n’a pas tous ces adjuvants de vie, ces béquilles triomphantes qui nous permettent tout simplement d’exister!

   Si l’on exclut certaines dépendances vitales, tel le biberon du bébé , il nous reste les autres. Toutes les autres! Et dans ce cas précis, seule la liberté intérieure peut nous sauver de l’esclavage. Cette liberté intérieure que rien ni personne ne peut nous enlever. La privation du produit ou de l’être dont nous sommes dépendants peut parfois entraîner notre destruction. Le phénomène est courant après un deuil, ou le sevrage brutal d’une dépendance trop profonde… C’est cette destruction-là qu’il s‘agit d’éviter. Et c’est en cultivant le lâcher-prise et la liberté intérieure que nous l’éviterons. On ne fait pas tenir une vie derrière un visage. Pas plus qu’on ne devrait jamais dire « si on me retire ça, j’en mourrai »…

   C’est donc ce «ça » qu’il va falloir maîtriser… avant qu’un jour il ne nous maîtrise!

   Ce jour-là, nous pourrons peut-être nous vanter d’être libres!

 

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