Association Laure Charpentier
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"MENSONGES et
TRAHISONS"
Par 
Laure Charpentier




  

     « Je mens donc je suis »...

Je mens pour survivre, pour ne pas faire de peine, pour avoir la paix, pour es­sayer d'y croire... A chaque mensonge, je trahis non seulement une parole donnée, mais aussi la confiance de ceux qui me l'avaient donnée. Or, il n'y a pas une plus grosse perte que de perdre la confiance des autres.

Le mensonge est omniprésent sur le chemin du malade alcoolique. Le mensonge figure à chaque carrefour de sa vie, à chaque embranchement de plusieurs routes dont certaines ne mènent nulle part.

L'alcoolique refuse la main tendue, le sourire -trop poli pour être honnête !-ou la gentillesse de l'autre. Il préfère mentir, se dérober. Il jure que tout est fini, qu'il a compris, que cette fois, c'est la dernière ! Le lendemain, il recommence, inexorablement, son flirt avec la mort. Les démons qui le hantent ont repris le des-sus. Les anges ont disparu d'un ciel où les nuages se sont réinstallés. Une tentative de suicide ? Mais non, un simple shoot qui a mal tourné... Une overdose d'alcool et de médicaments? Mais non, juste le besoin de partir, de s'évader... Tant pis pour ceux qui n'ont jamais ressenti ce besoin fou de dégager en touche !

« Pourquoi as-tu fait ça ? » interroge le regard des gens équilibrés, des socialisés, des normaux... et l'alcoolique de répondre à cette interrogation, souvent muette, par une magistrale fuite en eaux troubles, vers un monde où personne ne pourra le rejoindre. Parce que c'est son monde, celui dans lequel il s'est installé. Un monde de faux fuyants, de mensonges et de trahisons. Au jour le jour.  Sans espoir de rémission ou de retour sur soi.  « J'ai obéi à une pulsion, vous ne pouvez pas comprendre! »...

Le grand mot est lâché: « vous ne pouvez pas comprendre »... Seuls ceux qui ont vécu cet enfer peuvent espérer avoir le dernier mot. Seuls ceux qui « ont vécu ça » pourront trouver les mots qui délivrent. Seuls ceux qui ont déjà été trahis connaissent le goût de la trahison. Le mensonge ne marche que s'il s'adresse à des naïfs. De même la trahison ne peut blesser mortellement que ceux qui n'en ont ja­mais souffert... ou ceux qui ne s'en sont jamais remis. Or, qui peut se vanter de n'avoir jamais menti, jamais trahi ? Personne, pas même un enfant... pas même un saint !

L'alcoolique ment beaucoup, tant aux autres qu'à lui même. La honte génère le mensonge et la dissimulation. Le sentiment de culpabilité engendre la fuite, de même que la souffrance demande à être soulagée... « L'alcool, l'aspirine de l'âme », le faux ami responsable de tant de mensonges et de tant de trahisons...

Et s'il y avait quelque part une possibilité de vivre sans mensonge? De respecter cette confiance qu'on a eu tant de mal à retrouver? Même si parfois le chemin s'a­vère glissant, la clarté intérieure ne mérite-t-elle pas quelques efforts? La paix avec soi-même, le bonheur de se regarder dans la glace sans devoir baisser les yeux, pouvoir dire aux autres, à ceux qui nous ont fait confiance: « Je ne vous ai pas tra­his »... cela ne vaut-il pas tous les mensonges et fourberies qui, pendant trop long-temps, ont constitué notre univers quotidien?

Une question qui mérite d'être soulevée et creusée, en cette rentrée 2005... Les arbres sont en train de se dépouiller, les feuilles mortes se ramassent à la pelle... Les mensonges et les trahisons aussi !

Une sereine rentrée à toutes et à tous!

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