Association Laure Charpentier
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"QUAND LE PLAISIR DEVIENT SOUFRANCE"
Par 
Laure Charpentier




  

    

;    Le plaisir est une émotion agréable qui découle de la satisfaction d’un besoin ou d’un désir. Le plaisir réduit les tensions et efface les angoisses. Il s’agit donc d’un agrément, d’une satisfaction -le plus souvent autorisée-, d’une jouissance plus ou moins forte, qui induit systématiquement le phénomène de répétition. Ce qui nous a procuré du plaisir reste gravé dans notre mémoire, et ne demande qu’à se voir renouvelé.

   Si nous restons dans le domaine du raisonnable, le plaisir reste le plaisir. Boire une coupe de champagne, un verre de Bordeaux ou un café serré procure un plaisir que nul ne reniera. Dîner dans un bon restaurant, s’offrir de temps à autre un « extra », risquer quelques billets de banques dans un cercle de jeux, allumer un bon cigare, savourer les plaisirs sexuels avec un être qu’on aime, -qu’il s’agisse d’un conjoint ou d’une compagne-, rien de tout cela n’est répréhensible. Parce que nous restons dans la voie du milieu, celle qui prône l’équilibre entre le Rien et le Trop. Or, celui qui s’installe dans le Rien va subir une frustration plus ou moins durable, tandis que l’adepte du Trop se lance aveuglément dans une quête forcenée du plaisir. Dans les deux cas , la souffrance s’installe en maître.

   Le joueur occasionnel s’amuse. L’amateur de bons vins se régale. Le gastronome se délecte, l’amoureux monte au septième ciel… et un bon cigare de temps en temps n’a jamais fait de mal à personne. L’ennui, c’est que le joueur invétéré finira dans la misère, le goinfre se changera en boulimique, l’alcoolique ne pensera plus qu’au verre qu’il va boire après celui qu’il vient de finir, le tabagique allumera sa nouvelle cigarette au mégot encore allumé de la précédente, quant à l’obsédé sexuel, sa détestable déviance le condamnera peu à peu à la solitude absolue.

Ce n’est donc pas le plaisir qui débouche sur la souffrance, mais l’excès.

   Pourquoi certains restent-ils dans le raisonnable alors que d’autres basculent irrésistiblement dans l’excès? On parle de terrain favorable, d’hérédité, d’atavisme, de fatalité. « Son père était un joueur, sa mère une alcoolique, son frère un drogué, son grand père suicidaire, -d’ailleurs il s’est pendu-, sa sœur est morte d’un cancer de la gorge, le tabac »… etc…

   Certes, cette maladie de l’excès se retrouve sur plusieurs générations, mais de là à tomber dans les mêmes dépendances, les mêmes ornières, il y a un abîme. La souffrance n’est pas un destin, même si parfois elle semble s’y apparenter. Les fameux schémas familiaux peuvent être brisés, la liberté, la vraie, reste toujours possible. A condition de connaître ses failles et de rester vigilant. Certains diront qu’il existe des plaisirs interdits, d’autres proclameront qu’il faut absolument tout essayer et dépasser ses propres limites… ne serait-ce que pour voir les effets du dépassement. Malheureusement, ces effets-là sont souvent irréversibles, parfois même incurables. Aucune dépendance ne nous rend heureux, parce qu’elle nous réduit en esclavage.

   Alors, des plaisirs interdits? Oui, sans aucun doute, mais à condition que ce soit nous qui nous les interdisions. Par choix personnel. Essentiellement pour éviter la résurgence de cette souffrance que nous avons trop connue, cette souffrance tant redoutée, qui nous poussait parfois à nous haïr nous mêmes, mais aussi pour nous aider à grandir.

C’est dans cet esprit de liberté que je vous souhaite une bonne rentrée à toutes et à tous !

 

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