Association Laure Charpentier
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"SOLITUDE
OU
ISOLEMENT"
Par Laure Charpentier
(d’après une étude du cardinal Godfried Danneels)
Abbaye d’Orval. (Belgique)
Pâques 2004.




  

    Quelque part en notre âme, il est un lieu secret où nous sommes toujours seuls et où nous le resterons. Tel est le prix que nous devons payer pour sauvegarder notre liberté intérieure.

   En dépit des multiples techniques dont le monde moderne dispose pour éviter l’épreuve de la solitude, chacun reste seul. Chaque être humain est appelé à souffrir et à mourir, ce qu’il vivra dans une parfaite solitude, même en étant très entouré. L’exode rural pousse les gens vers les grandes villes, là où chacun s’évertue à déambuler sans jamais regarder les autres. Le citadin marche vers son métro ou son train de banlieue, le visage fermé, indifférent à tout ce qui n’est pas ce trajet sinistre- deux fois par jour !- qui va lui permettre de survivre, pardon, de sous-vivre. Grouillement d’anonymes qui marchent, tête baissée, la main arrimée à l’anse de leurs sacs, sans jamais prendre conscience que leur vie ne ressemble à rien, sinon à celle de l’âne attaché à sa noria… En ville, on ne connaît pas toujours l’identité de son voisin de palier, les vieux meurent en silence, dans l’indifférence générale. Solitude parmi les autres, solitude en famille, solitude dans le couple…la liste est longue! Au Moyen-Age, une femme que l’on ne pouvait marier entrait au couvent. Sans doute parce qu’on la jugeait incapable de se gouverner seule, et qu’il fallait absolument lui trouver une autorité, celle d’un époux ou d’une abbesse…Aujourd’hui, la femme, libérée de ces préjugés, s’est forgée d’autres carcans… et non des moindres!

   Mais qu’est-ce, vraiment, que la solitude? Il existe cependant une grosse différence entre le fait d’être seul et celui d’être isolé. Celui qui est seul n’est pas forcément isolé, et réciproquement.
Lisolement suppose une rupture – voulue ou non – de tous les liens avec le monde extérieur. Personne ne peut plus nous atteindre, on se retrouve exclu, esseulé, coupé des autres. C’est la solitude négative. Un état souvent dépressif, la tristesse absolue, qu’il faut éviter de toutes ses forces vives si l’on veut continuer à vivre en société. Pouvons nous vraiment échapper à cette mauvaise solitude ? Comment s’appelle la cage qui nous enferme si ce n’est celle que l’on s’est forgé soi-même?

   Une autre solitude existe cependant, c’est celle que l’on choisit pour grandir. Pour créer, pour prier, pour produire. Nietzsche a écrit : « Souffrir de la solitude ? Ce serait un non-sens. Quant à moi, j’ai souffert seulement de la foule »…Au-dessus de chaque couvent de Chartreux est gravée dans la pierre l’inscription : « Beata solitudo…Sola beatitudo », c’est-à-dire : « Heureuse solitude-Seule béatitude »...

   Cette solitude-là est censée nous apporter une forme de bonheur qui s’appelle la sagesse. Et qu’est-ce que la sagesse sinon l’Intelligence suprême? Le moine, l’ermite, l’artiste, le philosophe ont besoin de cette solitude sans laquelle ils ne pourraient exister. Le silence est une grâce, la solitude est une faveur. Certains individus l’évitent comme une maladie. « Surtout ne jamais rester seuls » , voilà leur pauvre devise. L’alcool, la drogue, pardon, les drogues, les divertissements, les fêtes nourrissent l’illusion suprême: Faire reculer la vieillesse, la maladie et la mort, éviter le silence, fuir la solitude…

   Si l’isolement nous appauvrit, la solitude nous enrichit. A nous de combattre le premier pour privilégier la seconde…

« Quand Dieu pénètre dans une vie, c’est le plus souvent par la porte du silence »…

 

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